Nouvelles des Navigateurs

Ce blogue a été conçu par Nycole - VE2KOU et se veut un point de rencontre
entre les navigateurs, familles et amis du Réseau du Capitaine et de la CONAM.

vendredi 11 mai 2012

CAT MOUSSES - René et la famille - récit SKI LANKA

02 mai 2012

Récit 208 - Périple au Sri Lanka

C'est mardi dernier, le 24 avril, que nous avons amorcé notre petit périple de quatre jours pour visiter le coeur du Sri Lanka.
Un peu craintifs face à notre accostage de fortune à un ponton flottant (à moitié arraché), lequel venait frotter et cogner contre le bateau à chaque orage, chaque fois accompagné de vents violents; nous avons engagé un surveillant afin de partir l'esprit plus tranquille. Nous sommes partis dans une mini van de location, accompagnés de Sajee (le guide), son ami Upul (le chauffeur) et le frère de Sajee (Indaka), d'abord présenté comme le mécanicien pour le voyage. Nous avons bien ri de ce titre; heureusement nous n'avons pas eu à recourir à ses services de 'mécanicien improvisé' au cours du voyage qui se sera déroulé sans bris mécanique. En fait, Indaka est un pêcheur de métier (capitaine de bateau de pêche). Comme il n'avait pas de voyage de pêche de prévu pour les jours à venir (en raison de la pleine lune 'poya day'), il s'est joint au groupe. C'était pour lui une belle opportunité de voir du pays. Visiblement, il n'était pas sorti souvent, en effet tout ce qu'on a fait au cours de ces quatre jours, était une première fois, pour Indaka autant que pour nous.

Ainsi, nous avons amorcé notre cavale pour d'abord nous arrêter au Blowhole de Hoo-aaniya, endroit géologique impressionnant pour la force du souffle provenant des profondeurs de la crevasse au fil des vagues et du temps. Les gars y ont fait une 'earth cache'. Après un arrêt dans un temple bouddhiste, nous sommes ensuite passés par les 'Devon's Waterfall', de magnifiques cascades d'eau, pour finalement aboutir dans la ville de Tissa en début de PM; juste en temps pour organiser un safari de fin de PM dans le Yala National Park. Bien installés dans notre jeep trois étages, nous avons eu bien du plaisir et vu une panoplie d'animaux mais il nous tarde de faire un vrai safari en Afrique car nous sommes un peu restés sur notre appétit. Nous avons bien vu des buffles, sangliers, chevreuils, crocodiles, éléphant, singes, paons, divers oiseaux magnifiques et autres mais on aurait dit que nous en voulions plus. Notre chauffeur de jeep a essayé par tous les moyens de localiser un léopard mais ses efforts furent vains, ces messieurs les félins se font discrets. Tout de même, c'est un très beau parc national, à l'état (on ne peut plus sauvage) et nous avons eu beaucoup de plaisir à faire ce safari.

Le lendemain, notre objectif principal visait à faire route vers Adam's Peak, notre lieu de pélerinage. Chemin faisant, nous en avons profité pour faire quelques arrêts devant quelques chutes spectaculaires. De plus, nous avons trouvé à faire deux géo-caches qui se situaient sur notre route: l'une dans un lieu sacré où de gigantesques figures de Bouddha sont sculptés à même la paroi rocheuse et l'autre dans un temple bouddhiste situé au sommet d'un petite montagne. Sajee, notre guide, loin de se douter que nous serions assez fous pour aller au delà du point de recueillement, nous a fait retirer nos chaussures mais c'était mal connaître la famille Gigabou. Bref, nous avons dû escalader (pieds nus) la paroi rocheuse escarpée et brûlante pour nous rendre jusqu'en haut où nous croyions trouver la géo-cache. Finalement la boîte de cette géo-cache était bien en sécurité dans les mains d'un moine bouddhiste, tout en bas de la montagne. Grr! Ce moine nous a invité à prendre le thé avec lui mais nous devions continuer notre route, faute de temps. Nous sommes repartis avec une géo-cache de plus à notre actif, mais surtout avec un souvenir de cet endroit: soit la plante des pieds brûlée à vif à cause de la roche qui était déjà très chaude, sous le soleil ardent du matin. On se serait bien passé de ces brûlures et cloches d'eau sous les pieds, sachant qu'on s'apprêtait à faire l'ascension du Adam's Peak, la nuit venue, sans parler de mes deux orteils. Toutes les conditions gagnantes quoi!

A 02h00 AM, toute la petite famille ainsi que Sajee et son frère Indaka étions au point de rendez-vous, prêts pour la remontée des 5200 marches sur environ 6 km, totalisant un dénivelé de 2243 mètres. A voir les pèlerins, tous pieds nus sur la roche froide, mouillée et glissante à cause de la boue, nous avons eu tôt fait d'oublier nos petits bobos. Avec Thomas et Antoine, nos boucs des montagnes en tête de marche, nous avons mis environ trois heures à compléter l'ascension. Sajee nous a abandonné dans les touts débuts, mais son frère est resté avec nous. Pour lui aussi c'était une première expérience, il n'avait jamais fait ce pélerinage. Nous y sommes allés très tranquillement, les muscles des cuisses s'endolorissant rapidement et le coeur s'emballant tout aussi vite, on en a perdu pas mal côté cardio sur le bateau. Disons qu'Indaka avait l'air assez content à chaque fois que nous nous arrêtions; fumeur, il était rapidement à bout de souffle. Peu avant l'arrivée en haut, il s'est mis à pleuvoir. Nous avons attendu à l'abri, le temps que le gros de l'averse passe (un bon 20 à 30 minutes), puis avons repris notre ascension équipés de nos manteaux de pluie. Une fois en haut, nous étions bien heureux d'avoir apporté nos tuques, gants, et chandails de rechange, car il ne faisait pas chaud, chaud! Il fallait enlever nos souliers pour pénétrer dans le temple et voir la pierre en forme de pied que les pélerins vénèrent comme étant l'empreinte du pied de Bouddha lui-même. Les enfants n'étaient pas chauds à l'idée d'enlever leurs chaussures pour marcher sur la pierre froide et mouillée, mais il faut ce qu'il faut, nous nous sommes pliés à la coutume pour pénétrer dans le temple. C'était touchant de voir ces grands-mères prosternés devant la trace de pied de leur Bouddha.

Cette partie de notre voyage au Sri Lanka a définitivement été marquante. C'était fabuleux de pouvoir partager cette expérience et cette ambiance de prière et recueillement avec les pélerins. De voir toutes ces personnes, souvent très âgées, réussir cet exploit physique, au milieu de la nuit, pieds nus dans la boue glissante et froide, sans parler des femmes qui montaient (un bébé dans les bras) nous fascinait. La barrière de langue faisait que nous ne pouvions échanger par des paroles, mais nous nous comprenions mutuellement et nous nous sommes arrêtés chque fois que nous l'avons pu pour serrer des mains et féliciter ces gens, parfois aussi pour les éclairer dans des passages plus difficiles. Nous n'aurons pas vu le lever du soleil, ni le payasage (vu d'en haut) à cause du temps gris et pluvieux, mais l'expérience en valait grandement le coup.

De retour à l'auberge, après un copieux petit déjeuner et une bonne douche, nous avons repris notre route, cette fois vers Kandy. Conduire dans ces routes de campagne sinueuses pour monter et descendre à travers les montagnes, offrait des spectacles à couper le souffle. Plantations de riz, de thé, jardins de légumes, arbres fruitiers, c'était à perte de vue. Quel paysage magnifique que de voir ces plantations étagées à flanc de montagne, tout était si vert, si beau et si organisé, sans parler des cascades d'eau qui plongeaient parfois dans des précipices de plusieurs centaines de pieds. Magnifique!

En PM nous nous sommes arrêtés dans une plantation-manufacture de thé pour y voir le procédé de séchage et de transformation des feuilles. Les méthodes, encore aujourd'hui, sont restées très artisanales. Nous avons fait un arrêt à Ramboda Falls pour dîner et nous avons assisté en fin de PM, à un spectacle de danses traditionnelles et de marche sur le feu. Rendu à 18h30, alors que nous croyions la journée terminée, nous avons eu la suprise d'être emmenés pour visiter le Temple de la Dent sacrée. Nous avons eu la chance de tomber sur la dernière des trois prestations quotidiennes de 'drum' et comble de chance, les portes cachant les sept casques d'or (emboités l'un dans l'autre telles des poupées russes) et contenant 'apparemment' la canine de Bouddha, se sont ouvertes et nous avons pu voir ça de tout près. Nous avions un guide pour la visite de ce temple, ce qui a donné une toute autre dimension à cette expérience: ses explications ont rendu cette visite extrêmement intéressante et enrichissante.

Pour notre dernière de quatre journées, nous avons visité une manufacture de pierres précieuses où on nous expliquait via un petit film, les méthodes de forage utilisées. Nous avons beaucoup aimé cette visite. Ensuite nous nous sommes arrêtés dans une manufacture de Batiks (ces tissus de coton aux couleurs vives, ornés de motifs traditionnels, obtenus à l'aide d'une savante application de diverses couches de cire chaude). Nous ne connaissions rien de ce procédé que nous avons trouvé fort intriguant.
On nous a ensuite emmené visiter un jardin d'herbes et épices, où on nous a longuement vanté les mérites et vertus d'une multitude de plantes médicinales, évidemment dans le but de nous vendre une panoplie de produits (à prix d'ami bien sûr). Cet arrêt nous aura valu des petits massages de toutes sortes mais surtout bien des fous rires: il fallait voir le 'spectacle' que donnait le monsieur qui nous a offert le tour guidé de ce jardin (en français ou bien une langue qui s'approchait du français). Tout un 'moineau' le monsieur! Il était branché sur le '220' c'est certain. Nos géo-cacheurs ont réussi à faire deux autres géo-caches ce jour-là, dont une 'first to find' et pour terminer notre périple, nous avons fait un arrêt à un centre de conservation des tortues. Notre chauffeur avait un ami travaillant comme surveillant dans un de ces centres et ce dernier nous avait mis des bébés tortues de côté (en cachette). Ainsi, nous avons pu tenir des bébés tortues dans nos mains et les déposer dans le sable pour les observer faire leur toute première entrée dans la mer. C'est rassurant de savoir que des mesures sont prises pour assurer la survie de ces petites bêtes si inoffensives, car sur la centaine d'oeufs pondus par les mamans tortues, il n'y aurait 'en moyenne' qu'une seule tortue qui parviendrait à maturité. En effet, la période entre le moment de la ponte, éclosion des oeufs (60 jours plus tard) et retour des bébés à la mer est critique en raison des divers prédateurs qui se font un régal de ces petites bêtes inoffensives.

Une fois de retour au bercail, nous avons retrouvé la bateau bien gardé et sans dommages. Nous avons passé les trois jours qui ont suivi à faire de l'entretien et du réapprovisionnement en vue des longs mois à venir loin des grands centres. Sajee, notre guide, nous a invité chez lui à souper, la veille de notre départ. Sa femme et ses deux enfants ne parlant pas anglais, la communication était un peu maladroite mais le repas était absolument succulent. C'est beau de les voir préparer la nourriture. Considérant les moyens très limités dont ils disposent, ils font vraiment des miracles. Qui a dit qu'il fallait un frigo dans une maison? Eux s'arrangent très bien sans. Ils disent même que les boissons froides les rendent malades!! La seule autre chose que nous ayons faite lors de notre passage dans le port de Galle, fut la visite du fort. L'entrée du fort était libre et le site comme tel est assez intéressant. Par contre, nous avons été un peu répugnés par le fait qu'il faut pratiquement visiter le fort les yeux fermés pour ne pas avoir à se ruiner. En effet, partout où l'on posait les yeux, il y avait un charmeur de serpent, des petits singes savants, des jeunes qui plongeaient à la mer du haut d'une falaise, etc. Tous avides de nous soutirer une petite fortune s'ils nous prenaient à les observer. Nous avons vite compris le manège et appris à regarder ailleurs.

Nous avons repris la mer, mardi matin dernier, le 1 mai. Au début, nous naviguons debout face à des vents de 15 à 20 noeuds (dans le pif). Tout ceci a pour effet de brasser la mer et on avance à pas de tortue. En plus, on doit rallonger notre route d'une soixantaine de miles nautiques car après une étude très scientifique de la carte des courants marins (contraires), le capitaine a jugé bon de les contourner. La mer est assez agitée, nous n'avons pas beaucoup de plaisir à nous cogner sans relâche dans ces vagues et à nous faire constamment poivrer d'embruns salés, mais ça fait partie des joies du métier. Malheureusement, il semble que certaines de nos écoutilles ne soient pas exactement étanches à 100% et que nous devrons refaire quelques joints d'étanchéité prochainement car l'eau s'infiltre en certains endroits. :(

Après une couple de jours, nous avons jugé que nous nous étions assez éloignés des courants pour faire bon usage des vents en faisant des tacks. Puis les vents ont tourné en notre faveur; depuis nous sommes strictement à voile et faisons route au près, exactement dans la bonne direction. On prend ça relax, rien ne nous presse, pour le repas du midi et du soir, le capitaine met le bateau à la cap et nous pouvons jouir d'un repas tranquille. Les enfants avaient découvert, en Thailande, lors d'une visite à l'appartement de Catherine de Rackam, l'existence de la télésérie 'La Petite Vie'. Des amis québécois, aussi rencontrés en Thailande, nous ont fait cadeau de tous les DVDs de la série, alors c'est devenu une tradition que d'écouter une émission ou deux à chaque soir. Les enfants trouvent ça BIEN drôle!

Nous avons rencontré, au lendemain de notre départ du Sri Lanka, un bateau de pêche. Ils nous demandaient des cigarettes. Nous étions disposés à leur offrir de l'alcool en échange d'un poisson mais devant les effluves (pas tellement fraîches) qui nous sont montées au nez à leur approche, nous avons oublié l'idée du poisson.

Thomas a fêté ses 14 ans en mer. Faute de cadeau, nous avons vu à prendre bien soin de sa panse en lui offrant un menu bien à son goût, à commencer par des crêpes pour le petit déjeuner et un énorme gâteau maison aux carottes (bien tendre et moelleux). Il fallait vouloir pour cuisiner dans ces conditions de mer mais qu'est-ce qu'une mère ne ferait pas pour ses enfants! Heureusement, toutefois, j'avais pensé à faire mon gâteau aux carottes avant de prendre la mer.

Nous devrions atteindre l'extrémité sud des Maldives, au terme d'une navigation de 7 jours de 600 miles nautiques. Vu les prix exorbitants demandés par les autorités de ce pays en frais d'agent et autre, cet arrêt ne sera que très bref, le temps de nous ravitailler en diésel et fruits et légumes et de faire une petite earth-cache. Nous repartirons aussitôt, le même jour, pour trois jours de navigation supplémentaires vers les Chagos. Cette nuit, une vingtaine de miles nautiques avant d'atteindre les Maldives, nous traverserons pour la troisième et avant-dernière fois, la ligne de l'Equateur. La première fois, absolument mémorable, s'était faite avec Jacques et Josée d'Alexandre IV. Ces derniers avaient mis le paquet. Ils s'étaient déguisés et habillés en Neptune, ils avaient plongé en pleine mer, abandonnant leur bateau seul à la dérive, pour venir passer une couple d'heures sur Cat Mousses. Ils étaient arrivés avec tout plein de petites gâteries pour les enfants et Jacques avait élaboré une série d'épreuves orginales, au terme de quoi, nous nous prévalions d'un certificat personnalisé officialisant notre passage de l'Equateur, remis des mains de Neptune lui-même. Il avait même apposé son étampe dans nos passeports! La deuxième fois s'était faite au milieu de la nuit avec Hugues. Nous avions alors réveillé tout le monde pour faire un petit cocktail officiel au milieu de la nuit et c'est probablement le même format que nous utiliserons cette nuit vers 03H00 AM.

Sur ce, je vous reviendrai une fois arrivés aux Chagos.

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