Nouvelles des Navigateurs

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lundi 28 mars 2016

JEAN DU SUD - Yves et l'équipage - RÉCIT

Martinique – Cuba

3 mars 2016

Après quelques semaines passées en Martinique et une croisière vers les Grenadines, Jean-du-Sud met le cap sur Cuba. Pendant la visite de Céline, Keven est allé voir sa blonde Ainoha au pays Basque et est rentré le 29 février, en compagnie d’une copine bretonne, Gwen, qui a déjà navigué avec lui du temps où il avait un bateau. Après une escale d’avitaillement au Marin, une visite en face Sainte-Anne pour caréner, Jean-du-Sud met le cap sur Cuba. Pour cette traversée, j’agis comme équipier, ou même passager, ayant confié le commandement à Keven. Branle-bas un peu avant 0700, on relève l’ancre et part sous voiles dans un alizé timide. Les deux ris qui étaient restés dans la grand-voile sont enfin largués, le petit génois déroulé, et même le grand hissé, tangonné à tribord, vitesse entre 4 et 5 nds.

1000 : On vire le cap Salomon, nous éloignant graduellement de la côte. L’alizé et toujours timide. On empanne la grand-voile et roule le petit génois, pour courir bâbord amure, cap 288 V.

Vers midi, le vent mollit. On envoie le spi, qu’on garde environ une heure. Puis le vent tombe presque complètement et le skipper (Keven) décide de mettre le moteur. Mais vers 1530, celui-ci s’arrête et on constate qu’il sort très peu d’eau de la sortie de la pompe à eau, qui pourtant a été remplacée en Guadeloupe. On envoie le reacher, l’alizé soufflant maintenant du sud. Vitesse 2 – 3 nds. En l’absence de vent et sous le gros soleil, il fait très chaud.

Tout l’après-midi, le vent souffle du Sud, très faible. En début de nuit, il passe au NE, mais toujours faible. Il forcira au cours de la nuit, toujours du NE.

4 mars

Au matin, il semble que le vrai alizé soit revenu. Brise de force 4, NE, notre vitesse, 5 nds. Toute la journée, le vent demeure stable. Mais il forcit en fin de journée, ce qui fait qu’on affale la grand voile complètement et remplace le petit génois pour courir sous grand génois seul, recevant le vent sur la fesse droite.

5 mars (troisième jour)

Au matin, le vent ayant molli, on renvoie la grand voile et remplace le grand génois par le petit, qu’on tangonne au vent. Mais il reforcit et on prend un ris à la GV.

Position à 0800 : 15,20’ N, 64 12’ W.

0900 : Le vent passe au sud de l’est. On empanne la GV.

1100 : On empanne aussi le génois, le vent étant plein arrière.

En après-midi, le vent mollit et la mer est moins grosse, le roulis diminue. Cela continue ainsi tout le reste de la journée et de la nuit.

6 mars (quatrième jour)

Position à 0800 : 15 52’ N, 66 14’ W.

Au matin, le vent ayant encore molli, on envoie le grand génois en ciseau avec le petit, sous la GV. Il fait encore plus chaud avec ce vent plus faible. Vitesse entre 4 et 5 nds.

En matinée, le vent mollit encore un peu. Vitesse 4 nds. Comme ça toute la journée.

En fin d’après-midi, Keven remonte une belle daurade d’une soixantaine de centimètres, qu’il nous sert pour souper.

En milieu de nuit, le vent tombe presque complètement. Vitesse entre 1 et 2 nds.

7 mars (cinquième jour)

Position à 0800 : 16 24’ N, 67 38 W. 85 milles dans les derniers 24 h.

Un grain de pluie fait tourner le vent à l’ouest, mais cela ne dure pas. Il tombe complètement.

0840 : Moteur, 4 nds.

1015 : Un grain amène du vent. D’abord de l’wsw, puis il tourne rapidement au nord. On affale le grand génois, déroule le petit et hisse la GV pour courir vent légèrement sur l’avant du travers, vitesse 4 + nds. La pluie dure une petite heure. Après la fin de la pluie, le ciel reste couvert, ce qu’on apprécie, car il fait moins chaud.

En après-midi, la brise tourne au NE et prend du muscle, nous procurant une vitesse de 5,5 – 6 nds.

1640 : Un grain nous force à prendre deux ris et rouler du génois.

2000 : Le vent forcit. Trois ris. La mer devient grosse, ça saute comme si on était au près. Beaucoup d’embrun. Une volée d’embrun inonde le poste avant, dont le capot était resté entr’ouvert. Ce vent fort dure toute la nuit.

8 mars, sixième jour

Position à 0800 : 16 57’ N, 69 34 W.

Le vent fort dure encore au matin. Ça cogne, ça arrose ; on court vent sur le travers.

1000 : On remplace le génois par le tourmentin.

1300 : Coup de vent. On affale la grand voile. On court sous tourmentin seul, vitesse entre 4 et 5 nds. Authentique coup de vent. Beurrée de beurre de pinotte pour le lunch, pâtes au pesto pour le souper.

2300 : Trop de vent pour le tourmentin, le bateau embarde trop. On l’affale, pour courir à sec de toile, vitesse 1,5 - 2 nds dans l’eau, 3 avec le courant.

9 mars, septième jour

Toute la nuit à sec de toile, le vent restant fort. Au lever du soleil, on déroule un peu de génois. Vitesse 5 nds.

Position à 0800 : 17 21’ N, 71 17’ W. Île à Vache 150 milles.

1130 : On embouque le canal Alto Vielo, entre l’île du même nom et l’île Beata, espérant fortement que passé cette île, la mer soit moins grosse et le vent moins fort. Ce canal est près de la frontière entre la république Dominicaine et Haiti. Toujours sous un tiers de génois.

1200 : En passant près de la côte, la turbine de l’hydro-alternateur se prend dans une ligne de pêche flottante. Même ayant roulé complètement le génois, la pression du vent qui souffle toujours à force 8 est trop forte pour qu’on puisse remonter la ligne, la seule solution serait de la couper. Mais on réussit à la remonter à l’aide de bouts amarrés à la ligne par des nœuds de bosse virés au winch et couper la ligne de pêche à l’aide du couteau de Gwen amarré à la gaffe.

On n’avait pas décidé si on ferait la traversée d’une seule traite ou si on s’arrêterait à l’Île à Vache, sur la côte sud d’Haiti, près de son extrémité ouest. Mais le vent a décidé pour nous et on va y faire escale, pour nous reposer et sécher l’intérieur, surtout le poste avant que les embruns ont légèrement mouillé. On se demande même si on ne pourrait pas trouver refuge au Cabo Rosso, sur la côte de la République Dominicaine, à une vingtaine de milles vers le nord, mais le vent ne nous le permet pas, c’est trop pointu, il faudrait tirer des bords pour y arriver. Il faut continuer jusqu’à l’île à Vache, distant de 145 milles.

Heureusement, en après-midi, le vent mollit un brin et passe franc est. Il n’y a plus d’embrun et on peut rester sur le pont sans risquer de prendre une barrique sur la gueule.

1700 : Le vent mollit encore et on peut envoyer la GV, toujours à 3 ris, sur tribord, avec le petit génois partiellement roulé tangonné à bâbord.

0930 : Le vent reforcit. On affale la GV, pour courir sous un demi petit génois toute la nuit.

10 mars huitième jour

Au lever du soleil, un grain fait tomber le vent qui tourne au NNE. On hisse la GV ENTIÈRE, SANS RIS. Vitesse 4 nds.

Position à 0800 : 17 59’ N 73 11’ W

On a la pointe est de l’Île à Vache par le travers vers 1230. Le livre Escales de Grande Croisière de Jimmy Cornell mentionne une marina avec pontons, moorings, électricité, eau, et même laverie et Wifi dans un patelin appelé Port Morgan, situé sur la côte sud de l’Île. Comme on n’a pas de carte de détail et que ni la carte générale qu’on trouve sur le logiciel Open CPN sur l’odi ni Navionics sur l’Ipad ne mentionne de Port Morgan, on longe la côte sud de l’île à distance prudente, qui est quasi rectiligne et n’a aucune baie ou anse pouvant abriter une marina ; au bout de six milles, la côte s’incurve vers le nord-ouest et contient une ou deux anses où ce serait possible. Mais non, il faut contourner l’ile par le nord et revenir dans une baie assez profonde contenant un joli bassin indiqué sur la carte comme étant profond d’un ou deux mètres, mais en fait profond de six ou sept, où cinq voiliers sont déjà à l’ancre (dont un équipé d’un CapHorn !) où on mouille vers 1530. Deux bateaux arriveront après nous, l’un sud-africain avec son génois défoncé et son vit de mulet cassé, l’autre, norvégien, a subi un knock-down qui a arraché ses panneaux solaires, défoncé un capot et emporté son dinghy ; cela atteste de la violence du coup de vent. Si on n’a subi aucune avarie, cela atteste de la compétence de Keven, qui agissait comme skipper et prenait les décisions importantes, et aussi peut-être de la robustesse de Jean-du-Sud et de son gréement.



Immédiatement on est envahis par plusieurs « boat boys » de tous les âges nous proposant toutes sortes de services. En fait, cet assaut est presque continuel. Ils viennent sur toutes sortes d’engins flottants qu’il faut écoper presque continuellement et propulsés par tout ce qui peut servir, planches, perches, même la tige d’une palme de cocotier, nous offrant de nous faire visiter l’île, demandant si on a quelque boulot pour eux, si on a des vieilles voiles, des vieux cordages qui pourrait servir à leur père qui est pêcheur ou du lait pour leur mère qui a un bébé, ou un biscuit… Ils restent agrippés à la filière jusque à ce que l’on cède. Ils sont toutefois très polis. La conversation commence par la question : « Comment t’appelles-tu ? Moi je m’appelle Wenson, ou Bélizair. Si tu veux, je peux te l’écrire sur un papier…

Ménage et séchage en règle, après le gros temps des derniers jours. On s’était dit qu’on souperait à terre ce soir. On débarque et monte à l’hôtel (celui qui devait construire la marina, mais en a été empêché par les gens de la place qui voulaient continuer à gagner leur vie avec les bateaux) ; l’hôtel est fermé faute de clients, mais à la cuisine, on dit qu’on pourrait nous servir à souper pour 35$US par personne. Pas de Wifi non plus ! Ashley, le premier boat boy à avoir atteint notre bateau nous a parlé, si l’hôtel ne peut pas nous recevoir, d’une dame qui fait à manger un peu plus loin sur le chemin. On marche quelques centaines de mètres dans un chemin boueux par endroits, et arrive dans un endroit éclairé par un lampadaire où brûlent deux feux â terre ; une table, quelques casseroles, quelques sacs de légumes et bidons divers directement sur la terre battue, deux bancs faits de deux poteaux verticaux plantés dans la terre reliés par un 2 x4 sur lesquels on s’assoit pour manger. La seule table supporte les autres ingrédients, les casseroles, etc. On peut nous servir poulet, plantain, patate douce pour 10 $ par personne. Ashley nous avait pourtant dit qu’on mangerait pour 3$. Méprise, les dollars sont des dollars d’Haiti, pas des US (on ne dit plus gourdes, semble-t-il). N’ayant pas encore la monnaie du pays, on se met d’accord pour 3 euros par personne. On désire notre poulet bouilli ou frit ? Frit ! On nous servira finalement sur une assiette de carton un pilon accompagné de tranches de patate douce et de plantain, frits aussi et d’une salade de choux, sur une assiette de carton. On mange avec les doigts, assis sur le 2X4, notre assiette dans les mains. Assez bon, toutefois. Toute une expérience !

11 mars

Keven et Gwen prennent le canot qui va aux Cailles, sur le « continent », où il y a, d’après Ashley, un supermarché. 25 personnes bien comptées sur un canot d’une vingtaine de pieds, non ponté, à se faire doucher d’embruns pendant 45 minutes protégés par une improbable bâche en plastique. Au Cayes, il n’y a pas de supermarché, qu’un marché public. Il ne reviennent qu’avec quelque fruits et légumes locaux. Même trouver du papier hygiénique était un exploit.

Souper créole


En matinée Doudou et Vilna accostent Jean-du-Sud dans leur pirogue pour nous demander si nous désirons un souper créole chez eux, à une vingtaine de minutes de marche. (Son vrai nom est Alexandre-Salomon, mais il est connu sous le surnom de Doudou.) J’accepte pour le même soir, mais à confirmer en début d’après-midi, après le retour de Keven et Gwen qui sont allés au Cayes. Un peu plus tard, ils reviennent pour me montrer les poissons qu’ils vont servir et qu’ils ont achetés d’un pêcheur. Mais c’est toujours à confirmer après le retour de Keven et Gwen, ce qui sera fait à leur retour. Doudou viendra nous attendre au débarcadère à 1730 pour nous guider chez lui et on convient du prix de 10 $US par personne.

À l’heure dite, il est déjà là et nous attend. Il nous mène chez lui, à une bonne demi-heure de marche. En route, on apprendra qu’il a quatre filles, que la population de l’Île à Vache est de deux mille personnes qu’on appelle Lavachois et Lavachoises (Lavachwaz en Créole), que l’ex-président Martelli était apprécié, et qu’on construira un aéroport « international » à l’extrémité est de l’Île. Arrivés chez lui, le souper est déjà prêt, mais avant, Vilna nous fait visiter sa maison, une pièce commune en avant, suivie de trois chambres à la suite, avec deux lits dans chacune. Une marmaille de petites filles grouille et rigole autour de nous, Certaines sont les leurs, d’autres sont leurs petites filles, leur ainée ayant 23 ans.

Cette fois-ci, on mangera à table ; il y a trois assiettes, mais trois cuillers à soupe comme seuls ustensiles. Poisson frit, purée de mangue, ris aux haricots. La bouffe est bonne, on mange à notre faim. On s’éclaire avec deux lampes Led, rechargeables au soleil, Doudou a bien un panneau solaire, mais pas de batterie ; lorsqu’il est venu proposer ses services, il m’avait demandé si j’avais des batteries et je lui avais donné une demi-douzaines de petites batteries, mais je comprends maintenant qu’il en cherchait une de douze volts. Il n’y a pas d’électricité sur l’île.

Keven avait convenu avec Ashley que lui et son copain Jasmin viendrait nous prendre avec leurs motos à 19 heures chez Doudou pour nous mener « en ville » boire quelques bières et danser. Keven et Gwen sur la moto d’Ashley, moi sur celle de Jasmin, à rouler sur une piste pleine de trous et de bosse, ressemblant davantage à une piste de moto cross qu’à une route. Il n’y a d’ailleurs pas de voitures sur l’île, faute de routes. Après une demi-heure nous faire sauter, on arrive en ville, à un bar appelé « Amical Bar » ; le petit groupe électrogène gronde sur le perron pour éclairer l’intérieur et alimenter la sono qui diffuse à vous péter les tympans de la musique d’Haiti. À notre arrivée, l’endroit est presque vide, mais se remplira à mesure que la soirée avance. Gwen remarque qu’elle est la seule fille. On y restera deux heures, boira quelques bières, mais on ne dansera pas. Les deux nous ramènent au bateau vers 22 heures, après une autre demi-heure à nous faire sauter le derrière sur la piste.

12 mars

Menus travaux à bord en matinée. En fin d’après-midi, visite du village en compagnie d’Ashley. Le village est très pittoresque, très propre, même la terre battue est balayée, il n’y traîne pas de feuilles mortes et les maisons sont joliment peintes ; je regrette de ne pas avoir apporté d’appareil photo, car on pourrait écrire un article sur l’Île à Vache pour l’Escale. On reviendra demain pour faire des photos. On est samedi et Keven, qui a voyagé au Mexique et en Asie, remarque que contrairement à ces endroits, où un grand nombre de personnes sont saoules les samedi, on ne voit personne intoxiqué.

13 mars

Ce matin, on rate le réseau du Capitaine, faute d’avoir avancé l’heure. En matinée, tournée dans le village pour faire les photos qui illustreront l’article. C’est dimanche et on voit beaucoup de personnes endimanchées, dont une dame dans un élégant tailleur, chaussée de talons hauts, marchant sur la terre battue. Deux offices religieux se déroulent en même temps, on entend les chants de l’un et le prédicateur de l’autre. La visite se termine à la boulangerie du village et dès qu’ils sortent du four, on achète des petits pains et rentre à bord.

1245 : On lève l’ancre ; Moteur, le vent étant faible. Mais au bout d’une heure, il s’établit à l’ouest du sud, et on hisse les voiles pour faire route au près bon plein, vitesse 4 – 5 nds, vers le cap Gravois, à 7 milles.

1620 : Cap Gravois sur le travers. La route s’incurvant vers le nord on se retrouve au grand largue et on empanne et tangonne le petit génois à bâbord et hisse le grand de l’autre bord. Vitesse, 4 nds.

2100 : Comme on approche de la pointe ouest d’Haiti et du cap Tiburon, le vent vire au NE ; on empanne.

2300 : Le vent arrive maintenant de l’autre côté du cap, du NNE. Affalé le petit génois pour naviguer au près serré, tribord amure. Comme il n’y a pas de mer, la vitesse reste autour de 4 nds.

14 mars

À minuit, le vent tombe. Moteur.

0700 : 18 34’ N, 74 39 W. Le vent revient, du NNE. On re-hisse le génois pour naviguer au près serré.

0800 : Vent trop pointu et trop faible. Moteur (8 heures depuis le départ). Santiago à 106 milles.

0900 : Le vent adonne en forcissant un peu à 15 nds. Envoyé le grand génois et la GV, près bon plein, 5 + nds,

1100 : Forcit encore ; remplacé le grand génois par le petit. La mer se creuse et les embruns commencent, il faut fermer à l’avant. Vent légèrement sur l’avant du travers, force 4, vitesse 5 nds.

En mi-journée, le vent forcit encore et il faut prendre un ris et rouler un peu de génois. Ça se met à arroser. Mais en milieu d’après-midi, ça mollit un brin et arrose moins.
Ça continue comme ça tout le reste de la journée et de la nuit ; le vent forcit, on prend des ris, il faiblit et on les largue.

15 mars

Au petit matin, le vent tombe. Moteur jusqu’à Santiago.

À 0700, on est à 10 milles de Santiago de Cuba. Pas de réseau du Capitaine, faute de propagation.

0930 : L’ancre tombe dans la baie de Santiago. On nous dirige vers un mouillage à l’écart pour attendre l’inspection sanitaire. En fait, on l’attendra jusqu’à 1530 ; il semble qu’un paquebot de croisière soit arrivé avant nous, ce qui retient le médecin.

C’est Keven, à titre de « capitan », et qui parle espagnol en plus, ayant étudié cette langue au cegep et séjourné 7 mois au Mexique, qui discute avec le médecin. D’abord, on prend notre température, pour s’assurer que nous sommes vraiment en bonne santé. Puis il faut montrer nos certificats d’assurance médicale. La procédure entière prendre plus d’une heure. Puis on ramène le médecin à la marina où il faut passer à l’immigration avec nos passeports et répondre aux questions : « Avez-vous de la viande, des fruits, des légumes ? etc… puis à la douane où trois agents accompagnés d’un chien viennent inspecter le bateau. La procédure entière prendra plus de deux autres heures.

On n’est pas autorisés à nous mettre à l’ancre, il faut être à la marina qui consiste en un quai en ciment, où se trouvent déjà une dizaine de voiliers, au prix d’une douzaine de dollars par jour. La ville de Santiago est à 7 kilomètres, on n’est pas autorisés à aller mouiller devant et le taxi pour y aller coûte 10$. Il y a des bus, mais on ne sait pas quand ils passent. Aussi un bateau qui y va 3 fois par jour, qu’on prendra demain pour aller faire des courses, car il ne reste presque rien à manger à bord, il n’y avait rien à acheter en Haiti.

Il n’y a pas de connexion wifi à la marina, peut-être une en ville.

Les gens sont tout de même charmants, très courtois et le charme de Keven opère une nouvelle fois, car le médecin nous invite à dîner chez lui demain soir, en compagnie du couple de l’autre bateau arrivé un peu avant nous.

On prévoit rester environ deux semaines à Cuba et aller à la Havane, distant de 1000 km ; un train de nuit y mène. Après Cuba, on mettra le cap au nord pour ramener Jean-du-Sud sur la côte américaine où on viendra le chercher avec la remorque, car les guides de croisière déconseillent de remonter plus nord avant le mois de mai et Keven, qui doit être à Gaspé pour y travailler dès le début de mai, sera seul à bord après mon départ à la troisième semaine d’avril et ne veut pas prendre ce risque.

16 mars

On prend le bateau de 1230 pour aller en ville à Santiago. La ville est bruyante, pas spécialement intéressante (c’est la deuxième ville de Cuba après La Havane). Au débarquement, on est assaillis par des gens qui nous offrent le taxi, le guide, etc. Ernest, un Suisse à bord d’une vedette à moteur à bord de laquelle il a traversé l’Atlantique et qu’il a promenée presque partout en Amérique du Nord, du Mississipi à l’Outaouais (il est même passé devant chez nous pour aller à Ottawa), nous guide vers l’endroit où on peut échanger de l’argent dans un distributeur de billets et acheter les cartes pour l’internet et le téléphone. Pas de problème pour l’argent, les CUC (Convertible Unidad Cubana, valant 1 $US qu’utilisent les touristes, les Cubains payant en pesos, 24 au CUC). Pour les cartes internet et téléphone, il faudra faire la queue pendant une heure. 2 CUC pour une heure d’internet et 5 CUC pour 3 minutes de téléphone à l’étranger. L’après-midi y passe. On tente d’acheter quelques bières et bouteilles en vue de la soirée chez le docteur, mais plusieurs magasins sont fermés en raison d’une « fumigation » qui doit éliminer les parasites, car il y a eu quelques cas de fièvre maligne. On finit par acheter quelques bières et bouteilles de vin, un pain et quelques fruits pour le petit déjeuner de demain. Pour le reste, il faudra revenir, il est trop tard le meilleur choix au marché étant en matinée, il n’y reste presque plus rien.

Je croyais que c’était le charme de Keven et sa connaissance de l’Espagnol qui nous avait valu cette invitation chez le docteur Luis. Erreur. Le voilier arrivé peu avant nous hier était mené par un couple de Bretons Titou et Cathy, qui sont musiciens. Titou est pianiste et Cathy l’accompagne à la percussion (Titou est même venu il y a quelques années jouer à la Fête des Chants de Marins à Saint-Jean-Port-Joli). Luis, le docteur, amateur de musique, les avait déjà invités lorsqu’il les avait visités sur leur bateau avant le nôtre. La cousine de Luis, Ileana, qui chante en s’accompagnant à la guitare, est aussi de la fête. Toute la soirée, on entendra de la musique cubaine, mais aussi sud-américaine, etc. Vers la fin de la soirée, la discussion devient politique car Keven réclame des chansons de son chanteur cubain préféré, Silvio Rodriguez, mais il se trouve que ce dernier chante la révolution, bien sûr, mais en dénonce les dérives, car comme il était poète et non conventionnel, on l’a envoyé dans un camp de rééducation, comme on l’a fait pour les homosexuels et autres marginaux. Ma connaissance limitée de l’Espagnol me permet de suivre approximativement la conversation et Keven, lorsqu’il le peut me donne quelques tuyaux, mais celle-ci est animée. La soirée se terminera à 2300, le retour à la marina se faisant dans une voiture taxi d’origine soviétique datant des années 50, à la carrosserie abondamment rapiécée, et au pot d’échappement défoncé ; je ne saurai jamais si les multiples cahots qu’elle fait sont dus à ses amortisseurs finis ou à la mauvaise qualité de la chaussée.

Vendredi 18 mars

Quelques ballades « pédestres » ces jours derniers ne forcent à constater que je n’ai plus l’énergie de marcher en ville au grand soleil à longueur de journée. Aussi, on croyait qu’on pourrait parcourir les 1000 km d’ici à la Havane à bord d’un train de nuit. Renseignement pris, il semble que ce train ne soit pas fiable et tombe souvent en panne. L’avion étant hors de nos prix, il semble que le meilleur moyen soit le bus, mais celui-ci ne part que lorsqu’il est plein et s’arrête souvent. C’est pourquoi je préfère rester ici et laisser les deux jeunes aller à la Havane sans moi.

Je le constate maintenant, j’ai atteint l’âge où on n’a plus de plaisir à se faire bouillir dans un autobus arrêté au grand soleil, puis se faire sauter sur un millier de kilomètres pour une fois à destination, marcher encore des kilomètres en ville au soleil dans le bruit et la pollution. En dépit de l’intérêt humain ou culturel que représentent la Havane et le concert des Rolling Stones, un événement qui sera sans doute historique. Ce n’est pas une décision facile à prendre et je la prends avec regret. Une autre prise de conscience que l’âge me rattrape. Un autre deuil à faire.

Samedi 19 mars

Lundi 28 mars

Keven est revenu de la Havane hier en mi-journée. Il semble que la météo annonce une panne d’alizé dans les jours qui viennent, alors on a décidé de partir en fin de journée aujourd’hui. On va en ville ce matin faire des courses et on partira dès qu’on sera prêts en fin de journée. S’il n’arrive pas de trop gros temps, on va tenter de faire la traversée directement vers la côte américaine, Beaufort ou même Norfolk, mille milles, sans nous arrêter aux Bahamas.

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