Nouvelles des Navigateurs

Ce blogue a été conçu par Nycole - VE2KOU et se veut un point de rencontre
entre les navigateurs, familles et amis du Réseau du Capitaine et de la CONAM.

jeudi 7 mai 2009

LES CAT MOUSSES SE PRÉPARENT...

100ième récit - Leçon d'humilité
05 mai 09
En route pour l'Ile de Pitcairn ou les Gambiers

Demain le 6 mai, il y aura 10 mois que nous aurons quitté Québec pour entreprendre ce périple autour du monde. Que de miles nautiques parcourus depuis notre départ (Plus ou moins 15000 Mn ce qui veut dire un peu plus de 27000 Km) et que d'encre coulée par l'entremise de mes récits.ce soir j'écris mon centième récit. Je serais curieuse de voir combien de pages cela fait en tout.. Beaucoup. J'ai l'impression que je rirai lorsque je me relirai dans quelques années d'ici, je rirai de voir dans quels détails je rapportais notre petit quotidien parfois bien anodin, mais en attendant, ça occupe mes quarts de veille de nuit et ça nous fera des souvenirs.

Je me demandais depuis quelques temps quel serait le sujet de mon 100ième récit. Et bien aujourd'hui je n'ai pas à chercher loin. Plein de choses sont arrivées aujourd'hui, des choses que j'ai appelées une leçon d'humilité et qui nous rappelle que nous ne sommes qu'une goutte d'eau dans l'océan et que nous n'avons pas grand contrôle quand les forces se déchaînent.

Ce matin, j'enseignais alors que le capt prenait un peu de repos. J'ai essuyé quelques averses en cours d'avant-midi, mais vers 12h00, les choses se sont corsées, le capt s'est réveillé juste au moment où nous croisions un système de mauvais temps. J'ai dû cesser les classes pour le reste de la journée. au plus grand bonheur des enfants. Nous sommes en période hivernale ici et bien que nous ne sommes pas dans la période des cyclônes, il semble que toute une série de tempêtes se préparent autour de nous. Je disais donc. la grand voile était réduite à son maximum (trois ris), le génois pratiquement tout enroulé et le vent ne cessait de forcir avec une moyenne de 30-35 noeuds. Avec les bourrasques de vent, nous avons atteint une lecture record de 48.5 nouds de vent! C'est du vent ça mes amis! Nous étions encore trop voilés, il me fallait donc aller affaler la grand voile complètement pour réduire notre vitesse, pas une mince affaire sous ce vent. René était à la barre et toute attachée je suis montée sur le toit pour aller effectuer la manouvre que j'ai réussi tant bien que mal, au fruit de toutes les forces que j'avais. Parfois j'ai l'impression d'en reperdre physiquement. On dirait que les muscles perdent de leur force sur un bateau. J'avais beau tirer et y mettre tout mon poids, ça ne bougeait pas d'un cheveu!

Puis, alors que j'essayais d'entrer en communication radio avec ceux qui suivent pour nous la météo et guident nos trajectoires pour s'assurer que l'on navigue sous des vents favorables et sécuritaires, j'entendais un bruit contre la coque du bateau. Je suis sortie sur le pont pour aller identifier ce bruit et c'était ce que je pensais. Il y a sur la partie extérieure des deux quilles, ce qu'on appelle un parre-battage, c'est-à-dire un 'bumper' en caoutchouc inséré dans une glissière de métal qui court de la proue à la poupe du bateau. Et bien sous la force des vagues, une bonne quinzaine de pieds de ce protecteur avait été complètement arraché (avec la glissière de métal) et le tout traînait à l'eau et se fracassait contre la coque. J'ai réussi à remonter à bord cette barre d'aluminium toute tordue et à la placer sur le pont de manière qu'elle n'égratigne pas trop le fibre de verre. Alors maintenant ce sont les deux 'bumpers' qui gisent de part et d'autre du pont du bateau. Beau portrait, on se croirait dans un vieux fond de cour au travers des débris de 'cour à scrap'. Le plan étant de naviguer les îles du Pacifique pendant 6 mois encore avant d'atteindre la Nouvelle-Zélande (premier endroit où nous pourrons effectuer des réparations sérieuses), j'ai bien peur que le bateau sera sur les blocs pendant quelques temps car la liste des travaux s'allonge de jour en jour. Hier nous avons remarqué que le parre-soleil du génois est usé à la corde. Résultat, la toile du génois y est déchirée en deux endroits. A part ça. ha oui.l'hélice du moteur de tribord est désengagée de sur son arbre, rendant ce moteur inutilisable jusqu'à ce que René plonge, en pleine mer, pour remplacer le chemin de clé que nous n'avons pas et que nous devrons improviser avec un 'grinder' (petit projet de 10 minutes du capitaine pour demain). Bien sûr il nous reste toujours l'autre moteur sauf que ce dernier semble à nouveau éprouver des difficultés au niveau du transfert des vitesses. Il ne se désengage plus seul, c'est donc dire qu'il faut descendre dans le fond de la chambre des moteurs pour aller en diminuer manuellement la révolution. Somme toute, rien de très grave mais on se sent un peu diminués dans ces moments.

Je suis un peu négative j'en conviens mais la température et mère nature me rendent un peu misérable aujourd'hui. J'ai dormi un peu cet PM et au réveil, vagues ou pas vagues, les enfants avaient un super projet de cuisine pour essayer de faire diminuer nos régimes de bananes. J'ai donc retroussé mes manches et cuisiné avec eux trois différents pains de bananes. J'en suis ressortie avec quelques bleus et quelques coups à la tête mais les pains étaient réussis. Je ne sais pas pourquoi mais la patience manque dans ce genre de moments! Rire!

Ce soir René a reçu différents courriels nous indiquant de modifier au plus vite notre trajectoire. La dépression qui se préparait depuis hier s'est maintenant développée en tempête importante qui occupe un espace considérable de 20 degrés de latitude sur la carte. Ainsi, il faut faire du sud-ouest autant qu'on peut afin de passer à côté de la tempête sinon on se retrouvera en plein milieu, ce qui n'est pas à conseiller car ils annoncent des vents de 45-50 nouds avec des bourrasques de 60-70 nouds. Basée sur notre expérience de ce matin, on serait peut-être mieux de s'en éloigner un peu. L'ironie du sort c'est qu'on se retrouvera avec un vent de face puis plus de vent et nous devrons clencher le plus vite que possible pour sortir de là à moteur. La capt a passé la majeure partie de la nuit à braver les différents systèmes que nous croisions mais j'ai pu reprendre le fort vers 03h20 AM, les dangers étant écartés.

Côté Pitcairn, on s'est peut-être réjouis un peu vite. La météo annonce toujours des vents calmes de ce côté pour les jours où nous devions nous y arrêter. L'ennui c'est après. Je dis après car il semble que d'autres systèmes se développent maintenant entre Pitcairn et les Gambiers et selon les calculs de nos experts, si on n'atteint pas les Gambiers (seul endroit protégé) pour le 12 mai au matin, nous serons pris en mer pour trois jours sous des vents de 60 nouds avant de pouvoir oser s'aventurer dans l'atoll des Gambiers. Donc. on va devoir se plier aux forces de la nature et passer droit devant Pitcairn pour filer directement sur les Gambiers. Snif! La sécurité d'abord et avant tout.

06 mai 09

Ce matin le capt a effectué sa plongée pour aller remplacer le chemin de clé de l'hélice. Il a réussi à en trouver un de 'spare' qui faisait plus ou moins l'affaire donc l'opération s'est avérée un peu plus simple. Je ne nous voyais pas, machiner ce genre de pièce minuscule, avec nos outils de broche à foin sur un bateau. Nous avons mis le bateau à la cape avec les voiles à contre et il lui en a pris environ 30 à 45 minutes pour terminer l'opération sauf qu'au moment de remonter à bord, il a effectué une petite inspection visuelle de l'autre hélice, côté babord. Evidemment, il y avait le même problème de ce côté aussi. Il lui en a pris un autre 45 minutes pour finaliser la réparation mais de ce côté-là il devait lutter contre le courant. Le capt est remonté à bord exténué, avec le mal de mer en prime mais il s'en est vite remis, heureux d'avoir réussi sa mission délicate. Non mais va-t-on finir par trouver ces pièces de rechange quelque part pour pouvoir se sortir plus facilement de telles impasses lorsque nous sommes seuls au monde au beau milieu de l'océan?

Côté météo, les nouvelles ne s'améliorent pas mais la tempête (ou plutôt front) se déplace encore plus rapidement que prévu. Depuis hier, on a l'impression de jouer au yo-yo à se déplacer dans un sens, puis dans l'autre, puis dans l'autre pour se sauver de la tempête. Aujourd'hui nous avons compris qu'il ne sert à rien de s'enfuir, elle va nous rentrer dedans coûte que coûte alors on a mis le cap franc sud où nous devrions être exposés un peu moins longuement aux éléments et pour le reste, advienne que pourra! Après tout, la meilleure place à être lors d'une tempête c'est bien en mer plutôt que dans un mouillage (ancrage) mal protégé. Notre catamaran c'est un gros 'tank' de guerre, nous l'avons toujours dit. Nous allons être frappés demain en PM avec de forts vents d'environ 40-50 nouds. Nous allons simplement affaler les voiles et nous mettre à contre, se cloîtrer dans le carré et attendre que ça passe. Nous sommes donc à préparer le bateau et à tout vider le 'cockpit' pour que rien ne puisse s'envoler. Nous avons enlevé tous les coussins, enlevé le bimini, rangé l'ancre et nous allons tout fixer pour que rien ne bouge. Nous allons enlever le BBQ de sur le balcon arrière et ajouter des câbles pour réduire au maximum le balancement de l'annexe. Nous devrions avoir une première tempête demain en PM, puis une autre 24 heures plus tard et possiblement une troisième pas longtemps après. Rien d'insurmontable, nous avons vraiment confiance au bateau. On se laissera aller, ça va passer. Cet PM, absorbée dans mes préparatifs, alors que je lovais (roulais) les cordages pour les ranger, j'ai fait la rencontre d'un acolyte. Depuis notre départ des Galapagos, à part dans les mouillages, nous n'avons pas rencontré âme qui vive sur la mer après la rencontre avec la barque de chasseurs de requins blancs qui étaient arrivés de nulle part de façon impromptue. J'étais assise sur le pont quand j'ai entendu un gros 'Pshhh'. une baleine! Une gigantesque et majestueuse baleine qui a fait route à nos côtés avec son bébé pendant tout près d'une heure. Nous avons eu beau éplucher tous nos volumes de référence et encyclopédies, nous ne sommes pas arrivés à l'identifier hors de tout doute. Elle nageait en surface, nous laissant voir son large dos lisse et sa nageoire dorsale arrière mais elle n'ondulait pas suffisamment lors de ses plongées pour nous permettre de bien distinguer les détails de son profil et de sa queue. Quoiqu'il en soit, nous étions subjugués du spectacle. à quelques brasses à peine de notre bateau. Quelle merveille que d'observer une baleine sous un coucher de soleil!

Ce soir c'est le calme avant la tempête, plus une goutte de vent, une mer lisse. Pour terminer, il n'y a pas matière à s'inquiéter, nous assurerons d'abord et avant tout la sécurité des moussaillons et veillerons à ne pas commettre d'imprudence. Nous vous tiendrons informés des développements de la situation. De toute façon, dans la vie, les tempêtes qu'on craint le plus, finissent toujours par être plus petites que prévu.

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